Être-autre

Distribution

Conception et performance : Alejandro Russo

Dispositif vidéo : Pablo Albandea

Création lumière : François Pavot

Création son : Eric Navet

Costumes : Perrine Wanegue

Chargée de production : Marcelle Bruce

 

Production : La Malagua

Co-production : Superamas (Happynest #5), Travail et Culture – Centre de Recherche, d’Innovation Artistique et Culturelle du monde du travail (TEC/CRIAC) et Le Gymnase-CDCN Roubaix.

Ce projet bénéficie du soutien de la Région Hauts de France.

Accueil en résidence : Compagnie de l’Oiseau-Mouche, Le Gymnase-CDCN, Théâtre Massenet, L’échangeur-CDCN, Théâtre Jacques Tati, Association A la Motte, Festival ImPulsTanz.

Travailler l’intention

« Être autre » est un projet chorégraphique qui explore les états du corps à l’ouvrage et l’expérience sensible du monde du travail pour questionner la construction des identités et des images que nous avons, de soi et des autres, par les gestes du travail. Qu’est-ce qui fait qu’un corps soit « adapté » pour un métier et pas pour un autre ? Comment la technique façonne nos corps ? Comment notre métier peut-il modeler aussi bien nos subjectivités que l’image que les autres ont de nous ?

Je me questionne sur la place du corps avec l’intention de le replacer au centre, comme terrain de jeu et de bataille. Une mise en avant du corps dans des atmosphères de travail qui évoluent de plus en plus vers l’effacement et le retrait de la physicalité. La proposition de départ est de partir des gestes corporels de différentes atmosphères de travail pour les explorer en dehors de leur contexte d’origine.

En tant qu’ingénieur et danseur, je me suis souvent trouvé à devoir justifier de la cohérence de ma formation ou à devoir effacer une partie de mon expérience professionnelle pour ne pas être vu d’une façon suspecte ou étrangère dans l’un ou l’autre champ. Comment habite-t-on un corps, un même corps, à partir des expériences très différentes ? Où sont les frontières entre le corps-sensible et le corps-exécutant (l’être et la machine) ? La création de ce spectacle est ainsi une tentative de décantation de mon parcours, hétérogène dans le domaine du travail, en une pièce chorégraphique. Je sens l’urgence d’explorer les traces de ces expériences dans mon corps pour me questionner sur le potentiel artistique et esthétique des corps au travail.

Travailler dans le son et l’image

Dans ce projet je collabore avec l’artiste vidéaste Pablo Albandea et le musicien compositeur Eric Navet. Ils sont les machinistes du spectacle. Le son et l’image sont clés dans mon projet pour donner du contexte et pour plonger le public et moi même dans un espace-temps qui se condense, se rallonge, se démultiplie, s’aliène ou s’arrête, comme une expérience d’un corps sensible à l’ouvrage, au travail. Je pars de la base que tous les corps sont sensibles et cette sensibilité ne s’éteint pas parce-qu’on est au travail.

Pour l’image, nous travaillons avec une projection vidéo sur un écran en tulle.

Pour le son, Eric compose une bande son originale pour la pièce qui inclut des sons enregistrés dans l’usine de fabrication de boîtes de vitesses Stellantis.

Travailler le territoire

La recherche chorégraphique pour cette pièce s’est grandement développée grâce aux visites d’observation que je mène à l’usine de Stellantis à Trith-Saint-Léger dans le Valenciennois, grâce à l’accompagnement de l’association Travail et Culture – TEC CRIAC. J’observe la ligne de production « RG » où l’on trouve le plus des corps au travail. Je plonge dans une atmosphère sonore, visuelle, rythmique et temporaire particulière, celle de l’usine, et je me questionne sur la façon de la transposer à la scène. Dans une industrie de plus en plus automatisée, où les humains se raréfient, je cherche le corps, le geste et les personnes derrière le poste. Au fur et à mesure de mes visites, je tisse un lien avec celles et ceux qui deviennent la source de mes mouvements : Jean-François, Franck, Laetitia, Lionel, Florence. J’apprends en détail certains de leurs gestes et je les transporte ensuite à la salle de répétition. J’explore avec le rythme, l’amplitude, l’intention du mouvement. Que reste-il des gestes de travail quand on les sort de son contexte ?